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Histoire des Premières Nations

La présence d’hommes dans les Plaines date d’ environ 11 000 ans. Les Premières Nations des Plaines proprement dits n’arrivèrent que récemment sur ces immenses étendues, territoires des bisons. A l’époque
de Christophe Colomb, il y aurait eu quelques 150 000 Premières Nations des Plaines. Les Premières Nations du Haut Missouri étaient des tribus d’horticulteurs semi-sédentaires, cultivant le maïs, les haricots, les cucurbitacées, autour de leurs villages fortifiés. Cependant, la plupart des tribus des Plaines étaient des nomades, se déplaçant périodiquement à la poursuite du gibier, tout particulièrement
les bisons, et en guerre sporadique avec leurs voisins ; ils vivaient dans des tentes coniques en peaux appelées tipis, terme sioux désignant les habitations.
La chasse aux bisons... Toutes ces tribus dépendaient de la chasse aux bisons ou buffalos dont on estime qu’environ soixante millions parcouraient les prairies, des Appalaches aux Montagnes Rocheuses.
De nombreuses légendes présentent les bisons comme étant les représentants de certaines divinités qui les auraient placés sur terre pour aider les peuples des Premières Nations à mieux vivre. Des visionnaires des Premières Nations spécialisés connaissaient les chants et les danses sacrés qu’il fallait accomplir pour assurer leur retour périodique et une chasse abondante. Par ailleurs, le crâne de bison est considéré comme étant un des objets les plus sacrés toujours utilisés dans bon nombre de cérémonies religieuses contemporaines.

Prophétie du Cheyenne

Sweet Medicine "Maheo", le Créateur, prit de la boue et modela une personne, puis il souffla dans sa bouche ce qui lui donna la vie. Autrefois les Cheyennes vivaient sous terre dans une grande caverne, quand un jour ils aperçurent la Terre au loin. Ils découvrirent une ouverture et sortirent sur la Terre. Des temps vont venir où beaucoup de choses changeront. Des étrangers appelés " Hommes de la Terre " s'installeront parmi vous. Leur peau est claire et leurs manières sont puissantes. Leurs cheveux sont coupés courts et ils ne parlent pas notre langue. N'imitez rien de ce que font ces hommes mais conservez vos propres usages, tels que je vous les ai enseignés, aussi longtemps que vous le pourrez. A la fin, le bison disparaîtra, et un autre animal prendra sa place, un animal avec une longue queue et des sabots fendus et dont vous devrez apprendre à manger la chair. Mais avant, il y aura un autre animal que vous devrez apprendre à utiliser. Il a un cou couvert de longs poils et une queue qui touche presque le sol. Ses sabots sont ronds. Cet animal vous portera sur son dos et vous aidera de multiples façons. Les collines éloignées qui semblent être qu'une vision bleue dans le lointain sont aujourd'hui à plusieurs journées de voyage ; mais avec cet animal, vous y serez en un court instant. Aussi, ne le craignez pas, souvenez-vous de ce que j'ai dit. Les chevaux et les changements culturels Les chevaux ont été amenés sur le continent américain par les envahisseurs occidentaux. La rencontre des Premières Nations avec les chevaux transforma grandement leur mode de vie et leur économie. Entre 1720 et 1784, les chevaux firent leur apparition dans les Plaines du Nord. Et les bisons purent enfin être chassés par des cavaliers rivalisant de vitesse avec ces lourds mais rapides ruminants. La chasse devint très efficace... Les chevaux devinrent rapidement un signe de richesse, de gloire et de puissance. Donner des chevaux aux indigents c'était faire preuve des plus hautes qualités des guerriers et chasseurs, et un des meilleurs moyens pour acquérir prestige et gloire. Cependant, les chevaux ne changèrent pas complètement leur mode de vie. Les Indiens semisédentaires et horticulteurs le restèrent, tout en devenant souvent d' excellents maquignons. Les échanges intertribaux prirent une plus grande ampleur. L'adoption des armes à feu, des outils et surtout des ustensiles de cuisine métalliques ne fit qu'encourager ces tribus dans leur nouveau mode de vie exaltant puisque basé sur une indépendance réelle vue leur mobilité et la richesse qui en résultait.

LES CHEYENNES

Les CHEYENNES (ce nom dérive du sioux Sahiyela = " ceux qui parlent une langue étrangère ", leur nom en cheyenne Tsistsista signifie " le peuple ") parlent une langue algonquine. Lors de leur première rencontre avec les Blancs au Minnesota en 1640, où ils habitaient dans des habitations en bois et terre ressemblant à celles des Mandans, les Cheyennes étaient des agriculteurs. Ils émigrèrent rapidement vers l'Ouest et firent partie des tribus d'horticulteurs du Haut Missouri. Dès 1760, ils obtinrent les chevaux. Vers 1830, ils sont devenus des nomades à part entière, des chasseurs de bisons, habitant dans des tipis, se déplaçant dans des travois tirés par des chevaux dans les plaines du Montana, du Wyoming et du nord-ouest du Nebraska. Les Cheyennes furent les ennemis des Pawnees, des Kiowas, des Crows et des Comanches et les alliés des Sioux, avec qui ils combattirent contre le Général Custer. Leurs rencontres avec l'armée des Etats-Unis furent ponctuées par des événements tragiques de 1857 à 1879, avec deux épisodes particulièrement sanglants : la bataille de Ash Hollow en 1855 et surtout l'horrible massacre de Sand Creek en 1864 par les miliciens du Colorado sous les ordres du colonel Chivington. En 1868, le général Custer attaqua gratuitement le camp des Cheyennes pacifiés du chef Black Kettle (Chaudron Noir) qui fut tué alors qu'il agitait un drapeau blanc. Le gouvernement américain voulut contraindre les Cheyennes du Nord à s'installer en Oklahoma. Ils ne le supportèrent pas. En été 1878, sous la conduite des chefs Dull Knife (Couteau Ebréché) et Little Wolf (Petit Loup), 300 Cheyennes prirent les pistes menant au Nord. Leur voyage ne fut qu'une suite de combats et de fuites jusqu'à ce qu'ils se rendent. En janvier 1879, encadrés par l'armée des Etats-Unis qui les ramenait en Oklahoma, ils se révoltèrent une dernière fois : 64 furent tués, 78 capturés et le reste s'échappa vers leurs anciens territoires. Le Gouvernement fédéral peu de temps après installa les fuyards dans une réserve limitrophe de celle des Crows. Les Cheyennes pratiquent toujours la Danse du Soleil. Leur plus importante cérémonie dite Renouveau de la Flèche sacrée a lieu une fois par an. Environ 3 000 Cheyennes du Nord vivent dans la réserve Northern Cheyenne au Montana et les Cheyennes du Sud (1 500) cohabitent avec les Arapahos en Oklahoma.

LES CROWS

Les CROWS (Absarokas, " corbeau ") parlent une langue siouane apparentée à celle des Hidatsas avec qui ils eurent autrefois d'étroites relations. Ils étaient divisés en trois groupes principaux (River Crows, Mountain Crows et Kicked-in-their-bellies) subdivisés en 13 clans matrilinéaires. Les Crows pratiquent une Danse du Soleil pendant laquelle une poupée sacrée joue un rôle important. Ils font aussi une cérémonie importante au moment de la récolte du tabac dont sont responsables les membres de la " Société du Tabac ". L'artisanat des femmes crows (qui avaient la réputation d'être très belles) et des hommes étaient particulièrement renommés. Alliés des Hidatsas et des Mandans, ils combattirent souvent les Cheyennes, les Arapahos, les Blackfeets et tout particulièrement les Sioux qui venaient régulièrement leur voler leurs chevaux. Ils furent toujours amicaux avec les Blancs. Des Crows servirent d'ailleurs comme éclaireurs avec l'armée américaine, en particulier à la bataille de la Little Big Horn. Peuple élégant et élancé, les Crows habitaient les Etats du Montana et du North Dakota. En 1780, ils étaient environ 4 000, ce qui correspond à leur population à l'heure actuelle. Les Crows contemporains sont très actifs et organisent chaque année plusieurs événements festifs qui attirent de nombreux touristes des Premières Nations et non indiens. Pendant le Crow Fair and Rodeo, en août, chaque famille crow s'installe dans un tipi de toile, et la vallée ombragée par des peupliers de la rivière Little Big Horn, au pied des collines où les soldats du général Custer trouvèrent la mort, abrite plus d'une centaine de tipis. Ils participent activement au festival All-American Indian Days, à Sheridan au Wyoming, pendant lequel est élue la Miss Indian America. Choisie pour ses talents et connaissances traditionnelles, cette " Reine Indienne " passe l'année à visiter de nombreuses réserves et collectivités locales pour promouvoir l'héritage amérindien.

LES SIOUX

LES SIOUX LAKOTAS ET DAKOTAS(Sioux vient de la contraction d'un nom algonquin francisé par les trappeurs français nadowesiou, signifiant " ennemi, serpent venimeux "). Les Sioux parlent une langue siouane. Vers 1600, leurs ancêtres habitaient la région des Milles Lakes au Minnesota ; ils se désignaient par l'appelation les " Sept Foyers du Conseil " et étaient divisés en sept tribus : trois se regroupaient sous le nom de Santees et parlaient le dialecte dakota, deux sous le nom de Wiciyela parlant le nakota, mais la plus grande division, les Teton ou " Sioux de la Prairie ", parlait le lakota et se subdivisa rapidement en envahissant les prairies en sept tribus : Oglala, Sicangu ou Brule, Minnicojou, Hunkpapa, Oohenunpa ou Two Kettles et Itazipco ou Sans Arc et Sihasapa ou Blackfoot Sioux (à ne pas confondre avec la Confédération des Blackfeet de langue algonquine). Les Tetons Sioux commencèrent leurs migrations vers l'Ouest après que les Crees et les Ojibwas eurent obtenu des armes à feu. Dès le milieu du I8e, les Sioux devinrent les maîtres des plaines des Nord et Sud Dakotas, du nord du Nebraska et de l'est du Wyoming grâce aux chevaux que, d'après les légendes, ils rencontrèrent chez les Cheyennes. Les Sioux furent sans doute les plus belliqueux des Premières Nations des Plaines, avec les Blackfeet, et combattirent toutes les tribus sauf les Cheyennes et les Arapahos dont ils étaient les alliés. Par ailleurs, si les Sioux firent alliance avec les trappeurs et les coureurs des bois solitaires, ils harassèrent constamment les grands convois de chercheurs d'or et d'émigrants en route pour la Californie. Les raids dirigés par le chef Red Cloud, un Sioux oglala, contre les convois de wagons, continuèrent jusqu'en 1868 quand fut signé le traité de paix de Laramie. Quelques années plus tard, eurent lieu les guerres indiennes, et l'on se souvient encore des noms des grands leaders sioux : Red Cloud, Crazy Horse, Sitting Bull, Gall, American Horse, Young Man Afraid of Horses ; et des plus célèbres batailles : la bataille de la Little Big Horn contre le général Custer, le massacre de Fetterman et le massacre de Wounded Knee. En 1870, leur nombre était estimé à 25 000. Actuellement, quelques 40 000 Sioux (ce qui en fait la deuxième tribu des Etats-Unis) vivent dans plusieurs réserves des Nord et Sud Dakotas et au Saskatchewan.

LA SAGESSE DES Premières Nations

Une " religion naturelle " : le chamanisme. Les Premières Nations croient toujours qu'une partie de l' " énergie spirituelle " de l'univers, (wakan en sioux, manitou en algonquin) habite dans chaque " objet ", dans chaque " être ". Les " êtres et les choses " de l'univers sont classés en deux grandes catégories : animée et inanimée. En adressant leurs prières aux Vents, à la Lune, au Soleil, aux Bisons, les Premières Nations s'adressent en fait aux représentations principales du Grand Esprit ou à des Esprits subalternes qui contrôlent les " Nations " animales, végétales et minérales. Les prières et le calumet Communément appelé " pipe sacrée ", une pipe à long tuyau sculpté et/ou orné de plumes, de perlages et de cuir et crins de cheval, de cervidés et de porcs-épics, le calumet représente la synthèse de la doctrine religieuse des Premières Nations, il est l'instrument rituel sur lequel s'appuie leur vie spirituelle et sociale. Le rite du calumet est une prière qui engage les participants à respecter l'univers, tout particulièrement la Terre Mère. Le symbolisme du calumet vise à attirer l'attention des Esprits sur les Humains engagés dans cet acte religieux. La fumée du tabac (essence divine) se répand de la pipe dans la poitrine des fumeurs puis dans tout l'univers jusqu'au Grand Esprit, réaffirmant l'interdépendance de tous et obligeant chacun des participants à tenir le serment sacré qui les lie au Grand Esprit. Un autre important symbole était rattaché à la pipe sacrée, l'aigle, prédateur ailé majestueux qui vole le plus haut, souvent considéré à ce titre comme étant un messager privilégié du Grand Esprit.

La sweatlodge Rituel important de la religion des Premières Nations d'Amérique du Nord, la sweatlodge, ou bain de vapeur, se pratique toujours. En " faisant une sweatlodge ", les Premières Nations pensent qu'ils participent à la " respiration de l'univers ", à la création et au renouveau de la vie, du monde. Dans la tente conique, des pierres brûlantes sont déposées dans le foyer central autour duquel les participants sont assis sur un lit de brindilles d'armoise. De l'eau ( dans laquelle a parfois macéré des plantes médicinales ) est ensuite versée sur les pierres produisant un grand surgissement de vapeur de pouvoir. Les participants, purifiés, quittent le rituel en se sentant mieux, physiquement et mentalement. La sweatlodge permet de " se nettoyer en profondeur ", de se guérir parfois ; c'est un moment propice aux prières, aux rencontres avec les Esprits. Le rituel de la sweatlodge connait un très grand renouveau car il permet aux Premières Nations d'affirmer leurs différences culturelles et parce qu'il est porteur d'espoir, de guérison physique et morale par des moyens autochtones simples aux vertus revivifiantes établies dans de nombreuses cultures tant indiennes qu'euro-américaines.

La Danse du Soleil avait lieu une fois par an, souvent à la fin du printemps et au début de l'été, aux alentours du solstice. Les " danseurs du Soleil " (Sundancers), qui occupaient une position centrale dans le déroulement du rituel, avaient fait voeu, pendant une expédition guerrière dont le succès paraissait incertain, d'accomplir cette cérémonie en se soumettant à certaines pratiques d'auto-torture. Le rituel s'adressait tout particulièrement à la divinité solaire conçue par les Premières Nations comme étant un des avatars principaux du Grand Esprit. La grande majorité des Danseurs du Soleil se contentaient de danser et prier en regardant le soleil. Cette cérémonie, dont le caractère sérieux et solennel n'échappait à personne, était aussi l'occasion de rencontres festives et joyeuses entre les sous-tribus et les diverses communautés tribales qui vivaient dispersées tout au long de l'année. Alors se nouaient des possibilités d'alliances et de mariages. Ce grand rituel annuel connaît un renouveau spectaculaire chez les Premières Nations des Plaines, malgré, ou peut-être à cause des pratiques d'auto-torture qui le caractérisent. Par exemple, depuis les années 1985, chaque communauté sioux traditionaliste veut avoir sa Danse du Soleil. Environ une centaine de danseurs du Soleil sioux subissent le sacrifice du " piercing " par les broches ; des hommes et des femmes traînent des crânes de bisons suspendues à la peau de dos par des broches et des lanières de cuir.

Le give-away et la " parenté cosmique ". Les croyances et les pratiques de type chamanique impliquent que des processus de passage entre le Monde des Etres Humains et celui des Etres Surnaturels restent possibles aux spécialistes, les chamanes (holy men) et les visionnaires (les " rêveurs "), la personne humaine étant conçue comme possédant certaines qualités en rapport direct avec la " substance spirituelle de l'univers " (le wakan des Sioux, le manitou des Algonquins, etc...). La croyance entre une parenté cosmique entre tout ce qui forme l'univers implique que l'alliance entre les êtres surnaturels et les êtres humains soit périodiquement renouvelée pour maintenir en équilibre harmonieux " toutes les choses de l'univers ". Aujourd'hui, les rituels pour établir des contacts directs entre les Humains et les êtres surnaturels sont les rituels collectifs : sweatlodge, Danse du Soleil, cérémonies de guérison...

Le mode de vie quotidien fortement euro-américanisé des Premières Nations contemporains les rend moins aptes à accepter et à se soumettre à une ascèse individuelle accomplie autrefois dans un isolement complet par leurs ancêtres. Il est plus sécurisant, plus facile de se laisser emporter dans une atmosphère d'auto-suggestion collective. Si les mythes et les rituels se sont transformés et appauvris quelque peu, ils ont perduré et leur richesse symbolique est comparable à celle du siècle dernier. Les participants à ces rituels chamaniques, en particulier la Danse du Soleil et la sweatlodge qui attirent de nombreux Premières Nations des villes, essayent avant tout d'obtenir une satisfaction personnelle et émotionnelle immédiate. Participer ensemble à la Danse du Soleil permet aux jeunes des Réserves et aux Premières Nations des villes, de s'affirmer en tant qu'homme et donc de combattre la dépression anomique qui les atteint très souvent. Cette participation leur permet de s'intégrer à des degrés divers, en fonction de leur personnalité, aux cultures tribales et locales, à la " culture intertribale pan-indienne " qui se crée en ce siècle, et, par contre coup, elle leur permet de mieux comprendre la société euro-américaine qui les entoure et de mieux y vivre, en réaffirmant d'une manière moderne, la " parenté cosmique entre tous les humains et les choses de l'univers " mitakuye oyasin.

LES Premières Nations DES PLAINES DU 20e SIÈCLE

Les Premières Nations de l'Amérique du Nord ont pour principal souci la préservation de leurs identités culturelles. Depuis une vingtaine d'années, on observe dans les Réserves une revivification des coutumes traditionnelles et tout particulièrement de celles de type chamanique. Ce renouveau est la réponse la plus " indienne " aux échecs successifs des politiques d'assimilation pratiquées par les différents gouvernements américains. Les Premières Nations des Réserves et des villes, dans leur grande majorité, souffrent d'un grave problème d'identité en général et d'identité culturelle en particulier. Le mode de vie des autochtones américains est encore de nos jours trop déprécié par les non Indiens. Les Premières Nations se sentent toujours rejetés par la société euro-américaine, et ne sont pas pour autant satisfaits des possibilités de vie offertes par leurs communautés d'origine. Dans les Réserves, derrière la quasi totalité des cas de mort violente (suicides, accidents de voiture, bagarres...) on trouve l'alcoolisme et les drogues. Drogues, alcoolisme et délinquance sont autant de réponses désespérées à cet état de sévère dépression chronique anomique qui semble être la caractéristique de malheureusement trop d'hommes des Premières Nations contemporains.

ÉDUCATION DANS LES RÉSERVES

L'éducation dans les Réserves a d'abord été confiée aux missionnaires des diverses confessions chrétiennes. Il reste encore quelques écoles et lycées religieux dans les Réserves. Mais la grande majorité des Premières Nations va dans les écoles, lycées et collèges dirigés par le Bureau des Affaires Indiennes ou B.I.A. qui dépend du Ministère de l'Intérieur du Gouvernement fédéral des Etats-Unis. Pendant longtemps, l'éducation offerte aux Premières Nations des Réserves a été un échec pour plusieurs raisons. Jusqu'à une quinzaine d'années, ils n'avaient aucun rôle à jouer dans l'administration de ces écoles. De nombreux enseignants étaient des Blancs des environs, qui avaient envers eux une certaine attitude paternaliste, ce dont les jeunes Premières Nations étaient très conscients. Dans son ensemble, le personnel du Bureau des Affaires Indiennes ne s'intéressait guère à eux. Les enseignants niaient l'originalité de leur culture ou l'ignoraient même et donc ne voulaient pas faire de différence entre élèves des Premières Nations et élèves blancs. Ils se refusaient à voir l'évidence alors qu'une bonne moitié de leurs élèves sioux ne parlent que le sioux quand ils arrivent à l'école primaire. Le B.I.A. s'entêtait jusqu'à ces dernières années à enseigner la langue anglaise comme une langue maternelle alors qu'il aurait fallu l'enseigner comme une langue étrangère. Le B.I.A. s'obstinait à enseigner des sujets dont les Premières Nations n'avaient que faire : tel Shakespeare dans la langue du 16e siècle. Il n'y avait aucun cours se rapportant à l'élevage ou à l'agriculture, alors que beaucoup de jeunes sioux ne rêvent que de devenir chasseurs. Par ailleurs, les livres scolaires donnaient une image négative des Premières Nations : " des sauvages sanguinaires "... Cet état de choses s'est amélioré depuis une quinzaine d'années, et on enseigne maintenant la langue, l'histoire et la culture des Premières Nations dans les écoles du B.I.A. Le succès de ces cours montrent que les Premières Nations se sentent concernés par l'éducation pour peu que les disciplines enseignées les intéressent en les touchant psychologiquement ou en ayant un intérêt immédiat et pratique en rapport avec l'existence qu'ils entendent mener dans la Réserve. Depuis quelques années, une dizaine des collèges universitaires ont vu le jour dans les Réserves sioux du South Dakota. Dans des conditions financières et matérielles difficiles, ces petites universités s'efforcent d'offrir aux étudiants des Premières Nations un cursus le plus complet possible. Beaucoup d'étudiants sont des adultes qui s'engagent tardivement dans des études pour améliorer leur condition de vie mais aussi pour servir leur peuple.Les Premières Nations ont toujours aimé les sports collectifs et les jeux de hasard. Les sports collectifs ( jeux de balle, courses à pieds, à cheval...) faisaient partie de l'entraînement des guerriers et des chasseurs, les femmes y participaient. Les Premières Nations des Plaines contemporains se passionnent tout particulièrement pour le basket-ball et la course à pied. D'ailleurs, un Sioux Oglala, Billy Mills, a été le premier américain à gagner la médaille d'or pour le 10 000 mètres aux Jeux Olympiques de 1964. Cependant, le sport le plus important dans les Réserves est le rodéo. Des centaines ont lieu tous les étés, du plus modeste au niveau des communautés locales au grand rodéo annuel organisé par chaque réserve en même temps que le powwow. Les champions des Premières Nations participent aux rodéos des Blancs, tels ceux du Calgary Stampede en Alberta ou du Pendleton Roundup de l'Oregon. Le renouveau de certaines des pratiques traditionnelles et du chamanisme, en faisant participer à différents niveaux, selon leur personnalité et leur volonté, les hommes des Premières Nations concernés, vise à restructurer l'ordre dans les sociétés, ainsi que " l'Ordre du Monde ". Il faut, ainsi que l'expliquent les chamanes sioux, " que chacun se sente en rapport direct avec tous les bipèdes, les quadrupèdes, les êtres ailés, les végétaux et les êtres surnaturels ".

POWWOWS

Fêtes, danses et musiques traditionnelles. La musique et les danses ont été deux des aspects les plus importants du mode de vie des Premières Nations, puisqu'elles combinent des aspects ludiques, religieux et politiques. Les Premières Nations des Plaines avaient un chant pour chaque événement, chaque moment de la vie quotidienne. La musique des Premières Nations des Plaines est dite de style " Plaines - Pueblos " parce qu'elle a de nombreux points communs avec celle des Etats du New Mexico et de l'Arizona. Les chants sont caractérisés par les voix haut perchées des chanteurs masculins, tout particulièrement dans les Plaines du Nord, les femmes chantant une octave au-dessus. Le soi-disant "cri de guerre " entendu dans de nombreux " westerns " n'est en fait chez les Premières Nations des Plaines qu'un trémolo aigu et lancinant produit par les femmes pour honorer un parent. La musique des Plaines est organisée selon une échelle pentatonique, comme les musiques chinoises et japonaises, une échelle descendante, commençant par la plus haute note du chant pour cascader jusqu'à la plus basse. Certains chants comportent des paroles (chants d'honneur, de guerre, chants religieux, d'amour...) d'autres ne sont que des vocalises. Les paroles des chants religieux sont considérées comme étant le plus souvent immuables et doivent être transmises telles quelles, de génération en génération, alors que d'autres chants sont réaménagés chaque année ou selon l'inspiration des chanteurs. La plupart des chants n'ont pas de titre : ils sont simplement qualifiés de " chant de guérison ", de " chant de guerre ", etc...(cf. Densmore). La plupart des chants sont chantés par des petits groupes de chanteurs qui s'accompagnent au tambour, plus rarement par un ensemble de tambourins tenus à la main. Lorsque les chants s'accompagnent de danses, les grelots et les hochets des danseurs scandent le rythme envoûtant tandis que les sifflets et les flûtes l'enrichissent de leurs sons d'oiseaux plaintifs, stridents ou enjôleurs. Les Premières Nations des Plaines contemporains, tout particulièrement les Crees et les Sioux du Canada, créent chaque année des centaines de nouveaux chants que tous les Indiens s'empressent d'enregistrer avec leurs magnétophones portatifs. La vente de disques et de cassettes musicales de chants traditionnels connait un développement en expansion dans l'Ouest américain. Des centaines de powwows (terme algonquin) ont lieu chaque année dans les réserves des Premières Nations des Plaines. La danse la plus populaire reste depuis la fin du siècle dernier, la " danse de l'herbe " (grass dance), originairement créée par les Pawnees et diffusées par les Omahas et les Sioux. Les mouvements des épaules et de la tête sont très importants, les hommes doivent littéralement faire danser les plumes de leur costume. Les femmes les accompagnent en un sorte de sautillement latéral ou sur place. Les " danses de l'herbe " connaissent de nombreuses variantes dont les danses dites de guerre (war dances) qui n'ont cependant rien à faire avec la guerre. Les versions des " danses de guerre " des Premières Nations de l'Oklahoma ont un jeu de pieds et de jambes très rapide et très élaboré. Les danses de guerre dites " oldtime " suivent un rythme plus lent et sont les favorites des hommes traditionalistes et âgés. Les danses de guerre " Northern style " sont très rapides, acrobatiques, les danseurs agitant par des secousses frénétiques les longues franges de leur costume en suivant le rythme du tambour. Les Indiens parcourent de grandes distances pour assister aux powwows, dont les plus importants prennent place dans les capitales des réserves et comprennent des centaines de danseurs ; ils sont ponctués de concours de danse dont les premiers prix atteignent des sommes importantes.

ART ET ARTISANAT TRADITIONNELS ET CONTEMPORAINS

La production artistique ou seulement artisanale, est de plus en plus demandée. Une certaine contradiction existe : autrefois, les oeuvres d'art traditionnelles étaient destinées à la communauté tribale, or, les oeuvres des artistes des Premières Nations contemporains s'adressent, quasi exclusivement, au contraire au marché euro-américain et occidental. Les premières contribuaient à former une cohésion sociale dans le groupe qui l' exprimait par l'intermédiaire de l'artiste ; elles permettaient aussi à ceux-ci d'en tirer personnellement quelque profit et prestige, en dehors d'un consensus social. Le personnage de l'artiste que les jeunes des Premières Nations aujourd'hui est en grande partie calqué sur un modèle occidental, fort éloigné du rôle attribué à l'artiste de la tradition au sein de sa tribu. Dans les sociétés traditionnelles, le domaine esthétique ne se dissociait pas des caractères fonctionnels ni des valeurs spirituelles. Un objet est " beau " s'il est efficace, s'il renvoie au mythe et au rituel. Ce qui est " beau " est " puissant ", " rempli de force ", " mystérieux ", " étonnant ", " sacré "... C'est le but poursuivi par les artistes traditionnels : produire des oeuvres " remplies de pouvoir ", chargées des " énergies sacrées " qui lient entre eux les membres et la communauté, et les rattachent à une parenté cosmique avec les autres créatures et les choses de l'univers. Les vêtements traditionnels des Premières Nations, pour les danses et les rituels, habillent le corps pour le protéger mais aussi pour affirmer cette parenté cosmique et l'harmonie du monde. On trouve un symbolisme similaire dans les paniers d'osier et les poteries du Sud-ouest, Hopis, Zunis, Taos... ; dans les couvertures multicolores des Navahos et dans leurs dessins éphémères sur sable ; dans les broderies de perles ou de piquants de porc-épic des Indiens des Plaines ; dans l'architecture et les sculptures en bois des Kwakiutls de la Colombie britannique (mâts dits totémiques, masques, statues). La production artistique traditionnelle n'est pas faite uniquement pour être contemplée, mais pour être reçue et vécue dans la vie concrète, pour être partagée avec les Autres. David CLAYMORE, né en Novembre 1965, est un homme des Premières Nations sang-mêlé Sioux Lakota qui vit à Rapid City dans l'Etat du Sud Dakota. C'est un descendant de Gall ou Pizi en sioux lakota, un des chefs de guerre sioux qui participa à la victoire contre le général Custer. " Je suis fier ", dit-il, " d'utiliser le portrait du chef Gall sur ma carte de visite, ainsi que l'Aigle Bleu, mon nom spirituel. " Devenu orfèvre en 1984, il s'inspire de plus en plus du style de vie de son peuple. Il utilise de manière extensive le symbole traditionnel sioux de la " Roue de la Médecine " qu'il a esthétiquement simplifié pour le graver dans le métal (or et argent) et la pierre. Sa devise " Hoye waye - I'm sending a voice " (" j'envoie une voix ") se veut être la continuité du rêve de ses ancêtres : l'entraide des familles malgré la nécessité contemporaine d'aller à l'école, à l'université, d'être ensuite sur le marché du travail pour gagner sa vie dans un environnement culturel et social qui ne fait pas de cadeau aux minorités. David est aussi danseur du Black Hills Lakota Performing Arts Group qu'il a co-fondé en 1984 dans le but d'établir un pont entre les Premières Nations et les autres, de diffuser les cultures des Premières Nations et d'agir pour éliminer les stéréotypes négatifs dont les Premières Nations sont victimes. Tom HEIDEBRINK - RED BEAR est d'origine sioux lakota oglala. Son nom légal est Heidebrink, adopté alors qu'il était enfant ; il a l'intention de ne retenir que le nom de ses arrière-grands-parents RED BEAR pour que l'on comprenne immédiatement pourquoi ses oeuvres sculptées s'inspirent des traditions et du style de vie de ses ancêtres indiens. Tom a fait ses études à l'University of Colorado à Boulder, à l'Institute of American Indian Arts à Santa Fe au Nouveau Mexique, et au Californian College of Arts and Crafts à Oakland en Californie. Tom Heidebrink Red Bear est sculpteur sur pierre depuis 1985. Il s'inspire de la vie sauvage (faune et flore) pour travailler ses sculptures et des Premières Nations des Plaines qu'il représente en compagnie d'animaux. Ces dernières années, ses sculptures ont été exposées dans de nombreuses galeries (à Washington, D.C. ; au Institute of American Indian Arts and Museum à Santa Fe ; Pueblo Indian Cultural Center à Albuquerque, N.M. ; à Durango, Col., etc.) Melvin (né en août 1956) et Sandi MINER (en juillet 1962) de descendance sioux minnecojou, se sont engagés, depuis 1981, année de leur mariage, dans la préservation de leur héritage culturel. Tous deux ont appris les techniques artistiques des artisanats typiques de leur culture auprès de leurs familles et d'amis, en s'inspirant d'objets traditionnels sioux et des Plaines. Melvin, qui a fait plusieurs fois la Danse du Soleil, a commencé par sculpter la catlinite, la pierre rouge pour faire des calumets ; puis, il s'est lancé dans le travail des peaux de bison et de daim. Ces matériaux, qui furent à la base de la vie quotidienne du peuple lakota (nourriture, habillement, abris, armes, symboles de force spirituelle) ont donné sens et force à son travail et à sa vie. Sandi a commencé, en 1981, par confectionner des objets à base de perles. Son profond désir est que les femmes indiennes d'aujourd'hui préservent et transmettent aux générations futures leur héritage culturel. Melvin et Sandi Miner sont également membres actifs du Black Hills Lakota Arts Group, qui a pour but de sillonner les Etats-Unis et faire connaître les chants, danses et artisanats des Indiens des Plaines.

LE FUTUR DES Premières Nations : RENOUVEAU ET SAGESSE TRADITIONNELLE

Depuis la " rencontre en 1492 ", les Premières Nations sont périodiquement à la mode. Cette tendance se développe à nouveau quelque peu depuis quelques années. Mais cette fois, le mouvement vient en grande partie des Premières Nations eux-mêmes. Marginalisés depuis trop longtemps sur leur propre terre, ils ont décidé depuis une vingtaine d'années de relever la tête. Car ils sont toujours là et revendiquent leurs origines et leurs cultures. Des ouvrages récents d' écrivains et anthropologues, rapportant des entretiens, des prophéties de spécialistes autochtones du sacré, des autobiographies et plus tard dans des livres, romans et poèmes écrits par les Premières Nations eux-mêmes, mettent en lumière une vision commune du monde qui est puisée dans la seule tradition indigène, les sources les plus anciennes du début des contacts le confirment. Ces discours sur " l'indianité nord-américaine " expriment comment les Premières Nations se ressentent ; et on peut constater qu'ils les dépeignent non en tant que victimes, mais en tant qu'eux-mêmes. Et derrière la misère, l'alcoolisme, la délinquance et leur mal d'être, s'affirment toujours les valeurs essentielles des cultures amérindiennes : leur volonté de rencontre, de partager les connaissances et les savoirs des groupes culturels qui les entourent. Au delà des règlements de compte et des demandes de réparations, les Indiens ont quelque chose à nous enseigner : leur simple survie devrait être pour nous une leçon. Ils ont survécu sans doute parce que les gouvernements euro-américains ont créé pour eux des territoires qui leur sont réservés avec des systèmes juridiques et politiques particuliers, mais surtout parce qu'ils ont su préserver les valeurs les plus généreuses de leurs cultures. Un homme des Premières Nations n'est jamais seul. Il se doit de partager avec les autres, les membres de sa communauté comme les visiteurs, car les Premières Nations se perçoivent comme étant inclus dans des relations de parenté et d'alliance avec toutes les créatures et choses de l'univers.

Les Sioux Lakotas disent à la fin de tout rituel et cérémonie : " MITAKUYE OYASIN " = " Nous sommes tous parents ".

A cause de cette ouverture vers les autres, que les Premières Nations ont toujours manifestée depuis le début des contacts, même les plus féroces, avec les Occidentaux, les Premières Nations sont des peuples agiles et adaptables. Peuples réalistes, sachant reconnaître les " bons jours pour mourir " ( le " credo des guerriers "), ils ont toujours regardé l'avenir, dans leur vie quotidienne comme dans les rêves et visions de leurs leaders visionnaires et de leurs chamanes. Les danseurs lorsqu'ils tournent en cercle autour de l'Arbre du Monde ou les " Hoop Dancers " ( les danseurs avec les cerceaux ) affirment toujours ce que disait Black Elk / Hehaka Sapa (" Wapiti Noir "), le grand chamane et visionnaire des Sioux Lakotas : " ... le cercle sacré de mon peuple est l'un des nombreux cercles qui font un seul cercle, vaste comme la lumière du jour et la lumière des étoiles, et au centre du cercle croit un puissant arbre en fleurs qui abrite tous les enfants d'une seule mère et d'un seul père. Et j'ai vu que cela était sacré. "

écrit par Danièle VAZEILLES